Marcos Vinicius, 14 ans, tué sur le chemin de l’école à Rio de Janeiro

Relatives and friends of Marcos Vinicius da Silva atend his wake, in Rio de Janeiro, Brazil, Thursday, June 21, 2018. Da Silva is one of two 14-year-olds killed by stray bullets in Rio de Janeiro, Wednesday, as violence and police efforts to contain it increase in the Brazilian city. (AP Photo/Silvia Izquierdo)

Dans cet Etat placé sous intervention militaire le nombre de morts causés par la police a augmenté de 34%.

Peu avant de mourir, Marcos Vinicius da Silva a soufflé à sa mère : « Maman, je sais qui a tiré. C’est le blindé, maman. Il n’avait pas vu que j’avais l’uniforme de l’école ? » L’adolescent de 14 ans se rendait, ce matin du 20 juin, dans son collège de la favela de Maré, quand un hélicoptère de la police de Rio de Janeiro, à la recherche de trafiquants, a ouvert le feu. L’une des balles aurait atteint, par erreur, le collégien. Brandissant le t-shirt ensanglanté, Bruna da Silva, sa mère s’est écriée peu après : « Seul un Etat malade tue un enfant avec un uniforme de l’école ! » Le jour du drame, six autres personnes sont mortes, mais aucun trafiquant n’a été appréhendé.

Une semaine plus tard, lors de l’hommage rendu au jeune homme métis par les 44 écoles du quartier, on pouvait lire sur les pancartes « Maré a besoin de paix » ou « Marcos Vinicius présent ». Entre deux sanglots, les élèves racontent ces journées de terreur où leur école doit fermer pour cause de fusillade ou les réflexes qu’ils ont acquis de se terrer sous les tables lorsqu’ils entendent le moindre pétard.

Enfants victimes

Récits insensés d’un Brésil soumis à une routine meurtrière de plus en plus tragique. Chaque jour, rappelle l’Organisation des Nations unies (ONU), 31 enfants ou adolescents y meurent assassinés. En 2015, 11 403 filles ou garçons de 10 à 19 ont été victimes d’homicides. « Le chiffre, en valeur absolue, le plus important au monde », souligne la communauté internationale.

Déterminée à faire cesser ce cycle de violence et consternée par la mort de Marcos Vinicius, l’ONU a lancé la campagne « Vidas Negras » (Les Vies noires). Une allusion aux cibles privilégiées de ces meurtres absurdes. Selon l’édition 2018 de l’Atlas de la violence, sur les 62 517 victimes d’homicides recensés en 2016 – plus d’un assassinat toutes les dix minutes – près de 70 % (43 354) étaient noires ou métis. En dix ans, le taux d’homicides au sein de la population noire ou métis a crû de 23,1 % tandis qu’il reculait de 6,8 % chez les Blancs. « Les inégalités raciales s’expriment de façon cristalline », conclut l’Institut de recherche économique appliquée (IPEA) coauteur de l’Atlas.

Misère historique

L’Etat de Rio de Janeiro n’est pas le plus frappé par cette tragédie. Dans les régions du Nordeste, telles Sergipe, Alagoas ou Rio Grande do Norte, où la sécheresse accentue une misère historique, la violence bat des records.

Mais la permanence de crimes à l’image de celui de Marcos Vinicius, dans un Etat placé depuis février sous intervention militaire, suscite la perplexité et l’indignation. Le décret signé dans la précipitation par le président Michel Temer permettant à l’armée de reprendre la main sur la sécurité n’a produit que peu d’effets. Si les homicides ont globalement reculé entre février et mai (-13 %), le nombre de morts provoqués par la police a augmenté de 34 %, souligne l’observatoire de l’intervention, qui s’inquiète de la militarisation des procédés et la multiplication d’opération coup de poing.

« Le décès de cet enfant est le résultat des erreurs de cette politique de sécurité qui, au lieu de se consacrer aux enquêtes et à l’intelligence du crime, multiplie les interventions », enrage Silvia Ramos, professeure de sociologie à l’université Candido Mendes et coordinatrice de l’observatoire de l’intervention. « Le sentiment d’insécurité progresse et avec lui l’agressivité de la population et des forces de l’ordre. Rio est en guerre », ajoute-t-elle.

L’ancienne capitale, meurtrie par ces crimes, gangrenée par la corruption et engluée dans une crise économique sans fin, donne ainsi le sentiment de s’enferrer dans une profonde décadence. Classée cinquième des municipalités du pays où il fait bon vivre en 2013, Rio est passée en 2016 au onzième rang, selon l’indice Firjan de développement municipal (IFMD), rendu public vendredi 29 juin et mesurant l’emploi, les revenus, l’éducation et la santé.

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